mardi 14 février 2017

Minetarô Mochizuki fait des pieds et des mains (Dragon Head, Maiwai, Tokyo Kaido, Chiisakobé)

Acheter Dragon Head sur AmazonAcheter Maiwai sur AmazonAcheter Tokyo Kaido sur AmazonAcheter Chiisakobé sur Amazon
Déraillement d'un train dans un tunnel qui cache une catastrophe d'une ampleur plus grande.
Chasse au trésor délirante avec des pirates des temps modernes.
Clinique avec des enfants ayant chacun une maladie étrange lié à un problème cérébral.
Adaptation d'un roman sur la reconstruction d'une entreprise familiale suite à un incendie avec accueil d'orphelins.

Toutes ses histoires ont pour point commun leur époque moderne et leur auteur Minetarô Mochizuki ainsi que sa manière bien à lui de mettre en images ses histoires.

Dans chacune de ses œuvres au sujet  fort différent, Minetarô Mochizuki se sert du décor et de l'ensemble du corps de ses personnages - et non uniquement de leurs yeux et leurs visages - pour exprimer ce qu'ils pensent et ressentent.


Acheter Maiwai volume 6 sur AmazonAcheter Chiisakobé volume 2 sur AmazonIl les représente volontiers de plein pied et même de dos. Leurs postures n'ont rien d'anodin. Il cadre sur leurs cuisses et leurs genoux, et encore plus volontiers sur leurs pieds et leurs mains qui leur servent régulièrement à se cacher le visage partiellement ou complètement.



Acheter Maiwai volume 3 sur Amazon
Acheter Chiisakobé volume 3 sur AmazonSes mains et pieds ont d'autant plus d'importance que dans Maiwai, Tokyo Kaido et Chiisakobé, les héros ont leurs yeux dissimulés par des lunettes et/ou de longues mèches de cheveux. Dans  Dragon Head, la plus ancienne des œuvres du mangaka ici étudiée, on trouve tout de même tout un jeu sur les regards, avec même des gros plans sur un seul œil.


Les chaussures des personnages révèlent déjà une part de leur personnalité tandis que la multiplication de plans rapprochés sur les mains des personnages, permettent de mettre en valeur ce qu'ils tiennent et par extension ce qu'ils sont. Mains vides, relâchées, poings serrés de colère ou de chagrin contenus, doigts repliés, tout cela en dit long sur les sentiments de leurs propriétaires.

© MINETARO MOCHIZUKI / Kodansha Ltd.
Dans Dragon Head, les trois lycéens portent des baskets, toutes différentes. Leurs lacets sont plus ou moins défaits et leurs chaussures tâchées de sang comme rongées par les ténèbres environnants. Teru est celui qui est porteur d'espoir, dans sa main en gros plan se succède briquet, lampe torche et lampes à huile artisanale. Nobuo, c'est la violence, sa première main en gros plan est un poing fermé "prêt à en coller une", puis viendra le sabre de kendo et la lance fabriquée à l'aide d'un bâton et d'un couteau. Ako, c'est la fille nubile : main et genoux ensanglantées, sang menstruel coulant entre ses cuisses.
Notez que les personnages féminins de Minetarô Mochizuki ont toutes une féminité exacerbée. Elles portent jupes, robes ou shorts qui dévoilent leurs genoux. Même la plus active et sportive d'entre elles, a tendance à se poser les mains sur sa poitrine, en raison d'une étrange palpitation qu'elle ressent - sorte d'appel vers l'aventure.

© MINETARO MOCHIZUKI / Kodansha Ltd.
Dans Maiwai, Funako est en effet la fille combattante, sportive et brin sauvage : pieds nus, sa première main en gros plan est fermée en poing comme pour se battre. Kato, lui, est celui qui prend soin de son apparence : les premières cases consacrées à son apparition le montre en train de se peigner, puis de frotter au chiffon ses bottes à écailles.





© MINETARO MOCHIZUKI / Kodansha Ltd.
Dans Tokyo Kaido, la première chose qu'on voit en ouvrant le premier volume est une main qui dessine, celle de Hashi, le héros qui porte des chaussures souples avec décoration à perles bien particulière. Il est comme un avatar du mangaka. Le premier plan sur Hana, c'est une main entre les cuisses, elle porte une bague et a plein de chaussures différentes - plusieurs types de sandales et de ballerines et même des bottes fourrées. Le choix de ce qu'elle porte est maîtrisable, contrairement à ses orgasmes qui peuvent la prendre n'importe quand.



© MINETARO MOCHIZUKI / Shogakukan
Dans Chiisakobé, Ritsu est successivement en chaussures de villes, tongs fleuries et pieds nus. Shigeji aussi est pieds nus et en chaussures de ville, mais on le voit aussi en baskets types converses, bottes et chaussures de marche. Ce sont des personnages ancrés dans le quotidien, qui changent de chaussures en fonction des besoins. Shigeji, c'est l'homme déterminé, le premier gros plan sur ses mains les montrent fermées, pleines de résolution. Ritsu, c'est la femme d'intérieur, la première fois qu'on voit ses mains de près, elles entourent un panier-repas. Par la suite, elle tient éponge, marmite, sacs à provision, balai, tablier... Elle est têtue, en apparence sûre d'elle, mais ce n'est qu'une façade comme le prouvent ses mains fréquemment crispées sur sa jupe et sur son tablier.

En bref, il est fascinant de voir tout ce que Minetarô Mochizuki parvient à transmettre avec ses cadrages qui quittent les visages, s'en désintéressent même, pour laisser parler le reste du corps de ses personnages. 
Minetarô Mochizuki dessine la couverture de Libération Spécial Angoulême

Articles/Actualités du blog