samedi 3 avril 2021

Shonen, Shojo, Seinen... ces étiquettes devenues barrières

Autrefois, j'aimais bien ces termes - shonen, shojo, seinen -, j'avais même justifié la pertinence de leur emploi en 2009,  mais je ne les apprécie plus maintenant, notamment parce qu'ils ont été totalement vidés de leur substance en France et qu'au lieu d'être des aides pour se répérer dans la jungle des mangas, ils sont plutôt devenus un frein à la découverte.

Couvertures de magazine de prépublication - 2021

Ce qu'il faut savoir, c'est qu'au Japon, il s'agit à l'origine de cibles éditoriales des magazines de prépublication qui correspondent donc au public visé :
shonen = garçon,
shojo = fille,
seinen = jeunes hommes adultes.

En France, c'est différent, ces termes sont utilisés comme noms de collections et quelque chose s'est perdu dans la traduction, car chacun y met ce qu'il veut, même si grosso-modo
shonen semble équivaloir à "action, aventure... pour garçons",
shojo "romance pour filles"
et seinen "contenu pour les adultes" (car trop sérieux ou trop sexuel ou trop sanglant...)

Ainsi, des titres issus de magazines shonen au Japon deviennent chez nous des seinen ou des shojo, des shojo se métamorphosent en seinen, des seinens se transforment en shonen et vice et versa, réciproquement dans un joyeux mélange qui ne rime plus à rien...
Le truc, c'est que si l'on admet que les classifications japonaises n'ont pas de pertinence en les changeant pour la France, car le public y serait différent, alors, pourquoi utiliser ces termes japonais ?

Ci-dessous en guise d'illustation : un titre issu d'un magazine shojo entré dans une collection Shonen,
un titre issu d'un magazine shonen entré dans une collection Shojo
et un autre ayant intégré une collection Seinen :

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Les conséquences regrettables de l'emploi de ces termes japonais à la sauce française :

  1. ça entretient des clichés et des préjugés sur ce que sont supposés aimer les filles et les garçons, chose dont j'ai débattu ici et
  2. ça réduit la richesse du manga à trois grandes catégories
  3. ça coupe une oeuvre d'une partie du public qui ne va pas oser dépasser l'étiquette qui devient alors barrière plutôt que guide de lecture

Peut-être que ces termes japonais sont trop bien implantés en France, mais je pense vraiment qu'il faudrait mieux s'en passer plutôt que de continuer à les utiliser en leur donnant un autre sens.
L'impression de n'avoir d'autres choix que de s'en servir est bizarre - quelques (trop) rares éditeurs français le font bien - et aux Etats-Unis, les éditeurs ne s'en servent pas comme noms de collection, sauf un...

Les genres - Action, Horreur, Sport, Fantasy, Romance, Science-fiction, Historique... - sont plus parlants et reflètent mieux la diversité et pluralité des mangas. Alors, oui, certains titres appartiennent à plusieurs genres, mais en général, il y en a un qui domine (c'est d'ailleurs ainsi que je présente les nouveautés du mois) Et pour ce qui est de la question d'âge, les mentions pour "enfants", "ado" et "adulte" fonctionnent, me semble-t-il...

Bref, je ne saurais trop vous recommander que de vous laisser aller à la curiosité sans tenir compte des étiquettes et sortir parfois de votre zone de confort - cela peut être l'occasion d'avoir de belles surprises ! 

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